Bulle sociale

Marché  immobilier, marché des  matières premières, obligations, actions ou autres, les experts financiers se demandent sur quel marché éclatera la prochaine  bulle.

Et si la prochaine bulle était sociale ?

La semaine dernière, l’Europe a tenté d’imposer au Portugal une potion d’austérité amère pour condition de son soutien financier. Il s’agit d’éviter, nous dit-on, une possible faillite généralisée du système bancaire et un éclatement de l’euro. Le Portugal a refusé ces conditions et son parlement  a renvoyé le premier ministre, M José Socratès. L’événement politique est assez important pour être relevé.

Les Grecs et les Irlandais  avaient avalé l’amère potion en protestant. Avaler toutefois ne veut pas dire digérer.  Même les Britanniques, si paisibles et civiques, se mettent à protester. Il n’est pas certain que leur estomac puisse en supporter beaucoup plus.

La question que doit se poser l’investisseur est la suivante: sommes-nous devant une grogne sociale qui passera ou assistons-nous aux prémices d’un véritable  tremblement de terre ?   Il n’est pas certain, en effet, que les contribuables et les chômeurs, présents et futurs,  de ces pays soient d’accord  et que les imprudents prêteurs puissent éternellement compter sur leurs efforts.  Que feront les Espagnols quand sonnera l’heure ? Et les Français ? Signe des temps, bon nombre de financiers  pensent, avec réalisme qu’il leur faudra  accepter ce qu’ils appellent un « haircut»(1)  sur la dette de certains Etats européens. 

L’Europe est en apparence un paisible continent  qui repose  sur une plaque tectonique jusque-là stable : celle des classes moyennes. C’est elle qui risque de se mettre en mouvement. Le printemps arabe, dont il ne faut pas occulter la dimension sociale, nous rappelle que cette tectonique-là nous réserve des secousses  aussi brutales qu’irrésistibles. 

Nous verrons alors si  nos édifices sociaux et financiers sont capables de résister.

Xavier Bruckert

31 mars 2011

(1) Haircut: voir la signification ici

La Newsletter de mars 2011 dans laquelle est publiée cet article est disponible sur ce lien